samedi 11 février 2017

A la ferme, je découvre... le purin

Voilà, j'inaugure une série d'articles sur ce blog. En vous faisant lire ces articles, mon pari est de vous intéresser aux aspects techniques et rationnels du métier d'agriculteur, pour sortir des débats émotionnels, parler de faits et susciter la réflexion.

Cette envie m'est venue petit à petit, suite à la parution de thématiques liées à l'agriculture dans les médias, et notamment les médias sociaux qui sont souvent le lieu où l'humain a le plus de capacités à dire tout haut ce qu'il pense, sans se soucier de vérifier ce qu'il énonce et sans y mettre la forme, alors qu'il est certainement un individu tout à fait civilisé en société... Souvent, en voyant ces reportages ou en lisant ces articles, encore plus en lisant les commentaires qui y sont liés, j'ai l'impression qu'on aborde le sujet à moitié, qu'on ne tient pas compte de tous les aspects de la problématique.

Je vais donc faire de mon mieux pour vous présenter, de temps en temps, un sujet agricole de la manière la plus exacte possible, tout en essayant d'être compréhensible et qui sait? intéressante dans la manière d'exposer le sujet. Je vous prie d'avance d'excuser les éventuelles erreurs ou lacunes qui pourraient être présentes (eh, je ne suis qu'apprentie pour le moment! ;-)... n'hésitez pas à me corriger (gentiment ;-), le cas échéant.

Récemment, une vidéo sur le compte du journal Le Temps tournait sur Facebook; faisant suite au "Temps Présent" consacré au suicide des agriculteurs, elle proposait des solutions pour envisager la production d'aliments sous un angle positif. Curieuse, j'ai lu les commentaires. Ils étaient tous positifs, sauf un sur lequel je me suis arrêtée: 


"Wow, quel raccourci!" je me suis dit. Et du coup j'ai décidé d'en faire le sujet de mon premier article, même si le duo purin-fumier n'est pas au top du glamour...


Quand on pense au fumier, et surtout au purin, si l'on n'est pas agriculteur, on pense sans doute d'abord à l'ODEUR, celle qui vient pourrir notre journée de grillades parce que BIEN SUR, le paysan du coin a décidé qu'il allait sortir la bossette un samedi, il ne sait pas que c'est le jour où on veut juste profiter du jardin en paix, ou quoi?!? Et peut-être nous viennent en tête ensuite les images du purin qui pollue les nappes phréatiques, le lac, l'océan, qui participe à l'eutrophisation des cours d'eau (les algues vertes qui prolifèrent, entre autres).


Mais d'abord, de quoi parle-t-on quand on parle de purin? Dans la famille des trucs qui puent à l'écurie, il y a le purin (qu'on nomme aussi lisier) et le fumier. La principale différence entre ces deux trucs qui puent, c'est que le purin est liquide, et le fumier est solide. Le fumier est composé de paille (celle sur laquelle les vaches se couchent et font leur bouses (si possible pas au même endroit, mais des fois oui) et de bouses, donc, ainsi que d'urine (un peu). Le purin, lui, en principe doit être plutôt liquide, donc il n'y a pas (trop) de paille dedans. Selon le système qu'on a à l'étable, on aura plutôt du purin ou plutôt du fumier, ou un peu des deux. 
Le purin et le fumier peuvent être utilisés pour produire de l'énergie dans un biogaz, et on récupère ensuite les résidus, cela s'appelle du digestat, c'est aussi utilisable dans les champs. On peut aussi composter le fumier, il devient alors plus intéressant pour fertiliser les terres.


Et c'est un fait, la part la plus importante de la pollution due à un surplus de nitrates (le nitrate est un des éléments qui se trouve dans le purin, c'est un élément qui se trouve naturellement dans le sol mais quand on en met trop à la fois, ou qu'il pleut, qu'il ne peut pas être assimilé par la plante, il s'infiltre dans le sol et se retrouve dans les eaux souterraines) ou de phosphore (à peu près la même problématique) provient de l'agriculture.



Si vous voulez en savoir plus, quelques infos ici.


Facile alors, il suffit d'arrêter l'élevage, comme ça il n'y aura plus de souffrance animale (ça c'est une autre thématique que j'aborderai certainement dans un avenir proche) et on n'aura plus ce problème de surplus de nitrate et de phosphore dans les eaux. 
Oui, mais tout n'est pas aussi simple. 
Si on arrêtait de d'amener de la fumure (=purin, fumier, digestat, compost, engrais du commerce) dans les champs, qui se passerait-il? Dans la nature (mais oui, la vraie nature sauvage, la forêt, tout ça quoi...), ça pousse bien sans qu'on ne rajoute quoi que ce soit, non? 
La différence, c'est que dans la forêt ou dans la nature sauvage, on ne prélève rien. Et du coup, la plante termine son cycle, meurt et retourne à la terre qu'elle nourrit.

Dans les champs et sur les prairies, on prend plus ou moins beaucoup à la terre, via ce qu'on cultive. Du coup, on doit redonner à la terre ce qui a été pris, sous une autre forme, pour qu'elle puisse continuer à faire pousser des plantes. Si ce sont des prairies, elles auront besoin de moins de fumure (= de nutriments) que par exemple une culture de colza ou de maïs.

L'agriculteur est donc content d'avoir un engrais de ferme (encore un autre petit nom poétique pour le fumier ou le purin) fourni gratuitement par ses vaches. S'il n'en a pas, il devra essayer de trouver un autre agriculteur qui pourra lui céder son surplus de fumier ou de purin. Il y a notamment les éleveurs de volaille ou de porcs qui ont souvent beaucoup d'engrais de ferme et ne peuvent pas tout utiliser sur leurs terres. Il a aussi la possibilité d'acheter des engrais du commerce, mais cela a un coût et la fabrication de ces engrais du commerce pose un problème écologique et éthique (exploitation de gisements naturels de phosphate et de potasse, processus chimique nécessitant de l'énergie pour synthétiser les éléments nécessaires), de même que leur utilisation (ils nourrissent directement la plante, et pas le sol, contrairement aux engrais de ferme, et risquent aussi de se retrouver dans les eaux souterraines en cas de surdosage).

Une bonne explication de la problématique, ici.

Vous l'aurez compris, comme toujours, il n'y a pas d'un côté du tout noir et de d'autre côté du tout blanc, mais beaucoup de nuances de gris (hi hi hi). L'agriculteur doit faire ses choix en fonction de la situation de sa ferme, et aussi en fonction de sa sensibilité écologique, de son éthique, de sa manière d'envisager son travail. En agriculture biologique, il n'a pas le choix d'utiliser des engrais chimiques de synthèse, c'est interdit (clique ici si tu veux voir dans le détail le cahier des charges du label Bio-Suisse, tu trouveras les directives concernant la fertilisation du sol à partir de la page 57). Mais surtout, en Suisse, si l'agriculteur veut recevoir des paiements directs, il doit respecter les PER (avant, quand j'étais enseignante, PER ça voulait dire Plan d'Etudes Romand... Maintenant, ça veut dire Prestations Ecologiques Requises). 

Les PER, ce sont tout un tas de directives et entre autres une obligation de tenir un plan de fumure, c'est à dire de noter par écrit quelle quantité de déjections le bétail de la ferme produit chaque année (je vous rassure, pas besoin de se tenir derrière chaque vache avec une bassine pour récupérer sa production et ensuite la peser, il y a des calculs standards en fonction de la nourriture que les animaux ingèrent et de leur production) et quelle quantité et quel type de fumure on met sur les différentes parcelles de la ferme, si on en prend chez un collègue, si on lui en donne, etc. Tout ça nous fait des savants calculs et à la fin, on a notre bilan qui doit être équilibré au niveau de l'azote et du phosphore. On a droit à 10% de surplus, et gare à la punition si on les dépasse, il y aura alors une sanction qui peut être financière.

Voilà à quoi ressemble le bilan de fumure quand on arrive à la fin des calculs... On voit que dans cette situation, le bilan est positif (contrairement à ce que laisse croire l'adjectif, c'est n'est pas bien, cela signifie qu'il y a des excès)... mais je vous rassure, ce n'était qu'un exercice fait dans le cadre des cours.


Comme dans tous les corps de métier, il y a des personnes qui ne respectent pas ces règles, que ce soit par ignorance, en raison de la complexité des calculs et des formulaires à remplir, ou alors de manière tout à fait intentionnelle. Il y a aussi la manière d'apporter la fumure, en fonction de la météo, du terrain, de l'état du sol etc. qui a un impact sur le risque de retrouver une partie des nutriments dans les eaux. Et c'est un fait, ce sont des choses qui arrivent, malheureusement. 
Mais comme dans tous les corps de métier, la majorité des agriculteurs sont des professionnels soucieux de bien faire leur travail, puisque c'est la meilleure manière d'obtenir une production de qualité. J'espère qu'avec l'évolution des méthodes de travail et la sensibilisation à cette problématique, la formation dans les écoles d'agriculture et sur le terrain, les pratiques vont encore s'améliorer pour parvenir à une situation optimale.

Alors, cette explication? Un peu longue, et tout de même assez technique. N'hésitez pas à laisser des commentaires si vous avez des questions ou des remarques!


vendredi 3 février 2017

Souvenir des Seychelles


Le stratus, le froid… je ressens parfois le besoin de m'évader de cet univers peu accueillant et presque omniprésent depuis quelques semaines (quoique... entre le moment où j'ai commencé à rédiger ce post et aujourd'hui où je le termine, la hausse des températures présage des beaux jours à venir :-). Ces temps, les vacances passées aux Seychelles avec mon homme il y a déjà plus de deux ans me reviennent régulièrement à l'esprit. Cela fait du bien de penser au soleil, à la chaleur, aux plages magnifiques, à la végétation, au bleu de l'océan, au farniente… Parfois, on ne profite pas assez sur le moment, non? En tout cas pour moi, c'est souvent le cas!

Rien de tel que de feuilleter l'album photo pour se retrouver dans l'ambiance… et du coup j'en profite pour le feuilleter avec vous. J'avais déjà partagé des photos de l'île de Praslin juste après notre séjour là-bas. Maintenant, c'est l'île de La Digue que nous allons visiter.


La Digue, c'est la plus petite des trois grandes îles des Seychelles. On y circule principalement à bicyclette (pour mon plus grand plaisir), et on en fait très vite le tour (ou plutôt, la moitié du tour, étant donné qu'un côté de l'île est moins accessible)! Le premier jour, je me souviens particulièrement du repas que nous avions fait "Chez Jules" , un petit bar en plein air, situé au bord du chemin, avec la vue sur l'océan. Des fruits, des spécialités du coin, des jus tout juste pressés, une cuisine simple, copieuse, fraîche et un accueil chaleureux.

En revenant de "Chez Jules"


J'avais beaucoup aimé la plage d'Anse Sévère, facilement accessible en vélo, et ses drôles de petits crabes blancs. Avec mon masque et mon tuba, j'avais fait de jolies découvertes à quelques mètres de la plage, et en particulier une tortue dont la vision m'avait enchantée. 



Dans le jardin du Domaine des Rochers

Nous avions loué un appartement au Domaine des Rochers et nous avons adoré cet endroit. A taille humaine, avec quatre appartements situés dans deux maisons, et 2 bungalows, le tout dans un beau jardin entretenu avec soin, c'est un établissement géré par un couple, qui vit d'ailleurs sur le site et qui nous a accueilli très chaleureusement. Notre appartement était lumineux et meublé avec goût, décoré de fleurs exotiques. J'ai adoré nos petits-déjeuners sur la terrasse...

En montant en direction du point le plus élevé de l'île


Une fin d'après-midi, je suis partie avec mon vélo avec pour objectif de me rendre au plus haut point de l'île. Contrairement aux Maldives, les Seychelles sont des îles avec un relief prononcé. En l'occurrence, j'ai rapidement abandonné mon vélo au bord du chemin, comme d'autres avant moi... J'ai continué à pied, d'abord sur le chemin bétonné qui montait dans la forêt, au milieu des dernières habitations de la Digue, puis sur le sentier en terre qui serpentait au milieu des arbres.

Jusqu'à mon arrivée au sommet, je crois bien n'avoir croisé personne, de même lors du retour. J'étais seule au monde pour admirer la vue magnifique sur la forêt qui m'entourait, l'océan en contrebas et quelques îlots, ainsi que Praslin un peu plus loin.


La vue sur Praslin



En redescendant, je me suis arrêtée au Snack Bellevue où j'ai pu déguster un jus de fruit frais tout en profitant de la vue magnifique et du coucher de soleil digne d'un poster kitsch...




La nuit tombait doucement lorsque j'ai continué ma descente jusqu'au village, et j'ai pu observer le ballet des chauves-souris, qui sont très communes aux Seychelles (on peut même les MANGER...).


Une des plages les plus connues au monde (sans le savoir, vous l'avez sans doute déjà vue sur le fond d'écran de votre ordinateur, ou dans un magazine...) se trouve à La Digue. Il s'agit d'Anse Marron. Les guides touristiques tels que Le Routard ou Lonely Planet préviennent: cette plage magnifique est difficilement accessible, l'aide d'un guide local est utile. Les commentaires sur divers sites internet semblent dire qu'il est possible de s'y rendre seul. Ce que nous avons essayé de faire, et nous avons dû rebrousser chemin, après avoir grimpé sur et sous des gros rochers formant une sorte de labyrinthe entre forêt et océan... En ce qui nous concerne, le guide (en chair et en os) aurait été utile!





Malgré cet "échec", nous n'avons pas regretté l'excursion; elle nous a permis de marcher le long de plages magnifiques, sauvages et préservées. Nous avions laissé notre vélo au bout du chemin, à Grand Anse, et continué à pied en passant d'une plage à l'autre.


Selon le lieu où sont situées les plages, les courants et la force des vagues incitent à la prudence. Malgré la beauté des lieux qui invite à la baignade, nous nous sommes contentés de tremper nos jambes dans l'eau.




Cette tortue croisée au bord du chemin faisant le tour de l'île, à proximité d'une habitation, était certainement à moitié apprivoisée.


Alors, tenté(e)? 

mardi 10 janvier 2017

Cadeaux pour bébés

Ces deniers mois, les parents se sont à nouveau mis à se reproduire dans mon entourage. Est-ce dû à l'année 2016 et son climat anxiogène? Finalement, rien de plus rassurant que son conjoint et la couette, territoires connus et accueillants... 😉

Et voilà, quelques mois plus tard, les mignons petits bébés viennent au monde (à eux d'affronter sa dureté, mais c'est une discussion que je n'ouvrirai pas ici...) et on va rendre visite à l'heureuse petite famille avec le cadeau d'usage. 

Après la première fournée, qui m'avait soudain rendu attentive à toutes les devantures de magasins pour bébés, je me suis calmée. En effet, on se rend vite compte que ces petits bébés grandissent si vite que cela fait un peu mal d'investir l'équivalent de deux semaines de légumes bio dans une mignonne petite robe, qu'ils sont de plus couverts de cadeaux ("oh ce petit pull je crois que je ne lui l'ai mis qu'une fois, elle en a reçu tellement dans la taille 35") et qu'en plus, ils s'en fichent royalement de savoir comment ils sont habillés, tant qu'ils n'ont pas froid ou trop chaud et que ça ne gratte pas...

Mais surtout, et là je ne peux m'en prendre qu'à moi-même, depuis que mon revenu a bien baissé, j'avoue que je réfléchis aux dépenses que je fais. Du coup, pour tous ces petits bébés qui méritent tout de même un joli petit cadeau, j'ai décidé de faire simple, unique et pas trop cher: des bodys customisés. Ca vous rappelle quelque chose? Peut-être, car j'en avais déjà fait lors de la naissance de ma nièce Camille et de mon neveu Arthur et par la suite.

Depuis un moment maintenant, j'essaie d'acheter des vêtements à la provenance "propre", que ce soit du point de vue de l'écologie et des conditions de travail. En Suisse, je trouve quil n'y a pas énormément de choix, sauf si l'on pense aux grands distributeurs, notamment Coop qui a une ligne de vêtements destinés tant aux adultes qu'aux enfants. En l'occurrence, c'est chez Manor que je me suis fournie, ils avaient des bodys "écolos" pour les tout petits (il semblerait qu'une fois qu'ils ont grandi un peu, il ne soit plus nécessaire de les habiller avec du coton produit sans pesticides, ça doit être dû au fait qu'en prenant de l'âge, on a la peau qui devient imperméable...).  J'ai cherché des bodys unis et sans ouverture sur le devant, mais j'ai dû faire quelques concessions pour avoir ce qu'il me fallait dans les tailles adéquates, c'est pour cela que certains ont des rayures ou une inscription.



Une partie de la déco est faite en broderie (le point de piqûre, tout simple), alors que le reste est fait avec de la peinture à paillettes pour tissu. J'ai tracé les lettres au pinceau, ça manque un peu de "propreté"… l'utilisation d'un chablon aurait sans doute été appropriée.




Pour ces poissons également réalisés avec de la peinture pour tissu à paillettes, j'ai utilisé un chablon. Les bulles sont faites en broderie (pas de point particulier, juste un petit "tas" de fil…).



Encore des poissons, ci-dessous, mais cette fois réalisés au point de piqûre, et les bulles sont simplement faites avec un stylo pour textiles.


Pour le body ci-dessous, j'ai customisé l'inscription déjà imprimée: le contour de la bulle est fait en broderie alors que le dessin du mégaphone est fait au stylo pour textiles.




On quitte le domaine des habits pour se tourner vers celui des marionnettes à doigt, et cette fois le cadeau était destiné à la grande soeur du petit bébé tout juste né. 



En impro quasi totale (sauf pour la largeur et la longueur de la base des marionnettes), j'ai crée des petites marionnettes à doigt à l'effigie (dont la ressemblance est plus ou moins éloignée de la réalité, en fonction des personnes…) de toute la famille. Pour cela, j'ai utilisé principalement de la feutrine, mais aussi du fil à broder, des perles, de la laine. Parfois, ça tient parce que c'est cousu, parfois parce que c'est collé avec de la colle pour textiles.



Beau mois de janvier!



samedi 12 novembre 2016

Zone d'inconfort

source: http://www.reactiongifs.com
Bien sûr, ne suivez pas le conseil de Bart Simpson…

Depuis que j'ai commencé ma nouvelle formation (dans le but de devenir agricultrice), je sors régulièrement de ma zone de confort.

Qu'est-ce que c'est, la zone de confort? Ca peut être le coin canapé plein de coussins juste rembourrés ce qu'il faut avec sa couverture qui tient chaud quand on en a besoin. Mais en fait là je pensais plutôt au concept intellectuel qui résume le fait de rester dans son train-train quotidien quotidien où nos besoins sont satisfaits mais où on ne se sent pas toujours pleinement accompli. Et les deux (canapé et concept intellectuel) se rejoignent, car il nous arrive souvent de renoncer à faire des choses (aller se promener, voir des amis, faire du sport, réparer le truc qui traine depuis des lustres,…) pour préférer le confort du canapé, tout comme on préfère parfois continuer à faire ce job qu'on fait depuis 10 ans (rémunérateur, pratique, connu) tout en se disant que notre rêve serait de poser des tavillons sur des chalets d'alpage dans les préalpes.

Moi aussi, parfois le canapé j'en rêve, et je peux vous dire que ces jours, il ne voit pas souvent mon postérieur, et si c'est le cas, juste un tout petit moment. Mais là n'est pas le sujet.

Oui, parce que depuis que j'ai commencé la formation, et particulièrement depuis ce mois d'août, je ne compte plus le nombre de fois où je me suis retrouvée dans une situation où je me suis dit: "aaaaargh, mais qu'est-ce que je fais là, je veux retourner chez moi!!!" tout en essayant de garder une attitude tout à fait sereine.

En effet, cette année j'ai décidé de passer la troisième et dernière année de ma formation dans d'autres exploitations agricoles que celle de mon père, où j'ai travaillé l'an dernier. C'est pour cela que je suis partie deux mois en Angleterre, puis un mois dans le canton de Zurich. Du coup, j'ai atterri dans des endroits que je ne connaissais pas, chez des gens que je ne connaissais pas et qui s'exprimaient dans une langue qui n'est pas ma langue maternelle. De plus, j'ai dû apprendre des procédures de travail propres à chaque exploitation, et me familiariser avec de nouvelles machines, du nouveau matériel, de nouveaux bâtiments…

Par la force des choses (ou de mon incompétence, cela dépend comment on se positionne), je me suis souvent retrouvée dans la position où on corrigeait ma façon de faire, où l'on m'expliquait que j'aurai dû plutôt faire comme ceci que comme cela.

A chaque fois que je vivais ces situations, j'en ressortais avec un sentiment négatif, un mélange d'énervement et de déception. Que je n'exprimais bien entendu pas à mon interlocuteur.

Lorsque j'ai remarqué que ces sentiments négatifs revenaient régulièrement, j'ai commencé à y réfléchir pour trouver un moyen d'agir dessus plutôt que d'en être victime.

J'ai réalisé que j'avais sans doute un caractère très perfectionniste et que je détestais être prise en faute. J'aimerais toujours pouvoir faire juste et bien, avoir la meilleure note, quoi! D'autre part, j'ai pris en compte le fait que, vu mon grand âge, j'avais sans doute de la peine à accepter de me retrouver à nouveau dans le rôle de la débutante à qui on explique tout, un peu comme à une petite fille
Le fait de réaliser cela ne m'empêche pas de ne pas aimer les situations où je me retrouve dans le rôle de celle à qui on explique, celle dont on corrige la manière de faire (tiens, un peu le rôle de l'élève alors qu'avant, c'était moi la prof). Mais cela m'aide à prendre du recul et à ne pas trop être influencée par ces sentiments.
Je me dis que cela fait partie de l'expérience et que c'est aussi cela, sortir de sa zone de confort.

La zone d'inconfort, c'est aussi lorsqu'on me montre quelque chose à faire et que je ne suis ensuite pas capable de le faire correctement. J'ai l'impression d'être en échec et cela me décourage, ça me plombe. 

Dans l'agriculture, il y a tout un tas de choses qu'il faut faire, mais faire manuellement, pas faire intellectuellement. Du coup, on peut rapidement être confronté à la situation où la machine qu'on utilise ne fait pas ce qu'on veut (ou plutôt: on n'est pas capable de lui faire faire ce qu'on veut, étant donné qu'il n'y a pas de mauvaises machines, il n'y a que de mauvais ouvriers, comme le disait ma patronne lorsque je cueillais du tabac à l'âge de 14 ans…). Dur dur, surtout lorsqu'on voit que les autres y arrivent sans souci. De nouveau, je crois que mon grand âge ne m'aide pas à accepter sereinement ces situations. 

Une des manières que j'utilise pour m'encourager est la suivante: je fais un récapitulatif écrit de la suite de gestes techniques à faire, et je coche tout ce que je suis capable de faire. Ainsi, d'une part cela me fait un rappel qui m'aide à intégrer les tâches à effectuer, et d'autre part je vois sur la feuille que finalement, il y a plein de choses que je suis parfaitement capable de faire et qu'il ne me reste plus qu'un ou deux obstacles à franchir avant d'atteindre la perfection que je vise malgré moi toujours, même si je ne veux pas vraiment me l'avouer…

Sortir de sa zone de confort, ça nous mène parfois dans des contrées un peu hostiles, mais finalement la personne la plus hostile envers nous-même, on sait bien de qui il s'agit, non? ;-)


lundi 24 octobre 2016

Jardin et semences...


Durant les deux mois passés à Feldon Forest Farm, au mois d'août et au mois de septembre de cette année, j'ai passé beaucoup de temps dans le jardin, en compagnie de Gillian. 
Le désherbage a été une des principales occupations, mais aussi la récolte de semences et bien entendu la récole des légumes.


Bien que ma maman a depuis toujours un grand jardin potager, je dois avouer que je n'y ai passé que peu de temps durant mon enfance et mon adolescence. J'ai juste le souvenir d'être allée de temps en temps y chercher des légumes, et d'avoir planté quelques herbes aromatiques. Désolée maman de ne pas être venue plus souvent t'aider à désherber…
Plus tard, lorsqu'avec ma moitié nous avons loué une maison avec un petit jardin, j'ai essayé de me consacrer à ces 3-4 carreaux de terre et d'y cultiver de quoi nous sustenter, mais je dois avouer que cela n'a pas été une grande réussite; attaque de limaces, courgettes qui disparaissent avant d'avoir commencé à grandir… Une des raisons de ce manque de réussite était sans doute le peu de temps que je consacrais au jardin.



En travaillant régulièrement avec Gill, je me suis plongée dans un petit monde végétal; j'ai découvert les joies du désherbage "longue durée" et mon manque d'endurance en la matière, j'ai observé les nombreuses coccinelles et j'ai éprouvé un petit bonheur à chaque fois que je voyais une mini-grenouille s'en aller en sautant lorsqu'elle comprenait qu'il y avait un intrus (moi) dans le périmètre. 
J'ai aussi apprécié les moments de récolte des légumes: la surprise de découvrir une immense courgette qui était passée inaperçue les jours précédents, la diversité de couleurs et de formes des tomates, la bonne odeur des feuilles de basilic...




J'ai aussi découvert le plaisir de travailler dans un tunnel plastique!! Oui oui, même si dit comme ça, le nom n'évoque rien de particulièrement charmant ou plaisant, le jardinage dans un tunnel plastique c'est une bonne expérience! 

Tout d'abord, je crois sincèrement que c'est un bon rempart à mollusques. Exit les limaces!
Mais surtout, quand on entre dans le tunnel, on a l'impression d'entrer dans un monde végétal protégé des agressions extérieures, tout en étant quand même en plein air. On entend le bruit du vent, mais on est à l'abri. On entend le plic-ploc des gouttes de pluie, mais on reste au sec. Et il y a du vert partout, des plantes qui poussent car on les a semées, et d'autres qui poussent car elles se sont semées toutes seules. Et il y a des insectes, tout un tas de coccinelles, des araignées. Et il y a des petites grenouilles brunes qui partent vite se cacher sous les feuilles…

Bien sûr, l'avantage de la chaleur procurée par cet abri peut aussi se transformer en désavantage lorsqu'il fait très chaud. Et du coup, il faut arroser très régulièrement. A Feldon Forest Farm, il n'y a pas d'arrosage automatique, du coup, le rituel de fin de journée, c'est l'arrosage des légumes dans les tunnels. Cela se transforme en petite tournée d'inspection, et c'est là que je retrouvais presque à coup sûr les petites grenouilles dans les plants de tomates.




Une des activités de Gill est donc la production de légumes (principalement, mais il y a aussi des petits fruits rouges) pour la vente directe et la consommation personnelle. Une autre activité importante est la production de semences.



Durant les deux mois passés à Feldon Forest Farm. j'ai ainsi pu récolter des graines de haricots, de petits pois, de tomates, de laitues, de coriandre, de ciboulette…
Gillian cultive 18 sortes de haricots! Là aussi, j'ai découvert tout un monde de graines, aux formes, aux couleurs et aux motifs variés, parfois tellement jolies qu'on dirait qu'elles sont peintes.

ciboulette

coriandre

laitue

Certains types de semences sont faciles à obtenir (pour les haricots, il faut laisser sécher le haricot sur la plante et à ce moment-là la graine est prête, la gousse s'ouvre très facilement), d'autres demandent plus de travail (les semences de laitues et leur petit duvet blanc qu'il faut ôter en frottant les graines puis en soufflant délicatement pour que le duvet s'envole et que la graine reste dans l'assiette).


Gill est bénévole à Ryton Organic Gardens (un lieu ouvert au public, pas très loin de Coventry), à la Heritage Seed Library. En résumé, c'est plus ou moins l'équivalent de Pro Specie Rara, mais uniquement pour les plantes.
Je l'ai accompagnée plusieurs fois et nous avons (entre autres) préparé une quantité impressionnante de semences de tomates (en fin de compte, il n'y en avait pas tant que ça mais vu le travail que cela demande…)



Pour préparer les semences de tomates, il faut tout d'abord les couper en deux et extraire les graines. Puis il faut frotter les graines contre le tamis pour séparer l'enveloppe gélatineuse de la graine, tout en les passant sous l'eau pour faciliter le travail. Ensuite il faut les mettre dans un bocal rempli d'eau durant plusieurs jours, dans le but d'éliminer complètement l'enveloppe gélatineuse qui empêche la germination.



Cette immersion dans le monde du jardin et des semences m'a permis de développer un intérêt pour la production de légumes et de semences, et pour la multitude de variétés de plantes qui existent, pour autant qu'on se fournisse ailleurs que dans les grandes jardineries de supermarchés…
Cela m'a également rappelé que le jardinage, ce n'est pas quelque chose qui se fait au petit bonheur la chance, et que la réussite ou l'échec des cultures peut être influencée par des facteurs extérieurs tels que la météo ou les ravageurs, mais que cela tient surtout au travail du jardinier!










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